|
|
"Dans la
linguistique structurale moderne, les mots n'ont pas de
sens intime, car aucun d'entre eux n'échappe au destin
que lui assigne l'analyse: être réduit à
une unité quasi mathématique... Faut-il s'étonner
qu'il y ait une crise de confiance, puisque nous n'osons
plus nous abandonner aux mots en tant que porteurs de sens!
Le langage est frappé d'une véritable phobie
du sens."
James Hillman, James Hillman est un psychanalyste jungien
Deux psychanalystes, un Suisse: Carl Gustav JUNG et un
Américain: James HILLMAN ont tenté de s'éloigner
des libres associations autistiques sur le divan pour expérimenter
l'insurmontable difficulté de mettre son âme
dans des mots.
Les thérapies modernes se basent sur le postulat
que l'action guérit mieux que les mots et misent
sur des techniques qui se substituent à la parole
plutôt que de la compléter. Cela a pour effet
de réprimer la plus humaine de nos facultés:
l'aptitude à raconter les histoires de nos âmes.
Ces thérapies peuvent guérir en nous l'enfant
qui n'a pas appris à parler ou l'animal qui en est
incapable. Mais seuls les efforts soutenus pour accéder
à la parole inspirée peuvent guérir
notre langage du verbiage et le ramener à sa fonction
primordiale:
La communication de l'âme.
Dans la linguistique structurale moderne, les mots n'ont
pas de sens intime, car aucun d'eux n'échappe au
destin que lui assigne l'analyse: être réduit
à une unité quasi-mathématique. L'idée
qu'on peut constituer tout langage à partir d'un
nombre déterminé d'éléments
irréductibles est une technique de dissection de
l'esprit analytique appliquée au logos lui-même:
un suicide du mot.
Il n'y a donc pas de quoi s'étonner que règne
une crise de confiance à l'égard du mot puisque
nous n'osons plus nous abandonner aux mots en tant que porteurs
de sens! Nous vivons dans un monde de slogans, de jargons
et de communiqués de presse rappelant le novlangue
de 1984.
Au fur et à mesure que l'art et les disciplines universitaires
descendent dans la spirale de l'obsession du langage et
de la communication, le langage est frappé d'une
véritable phobie du sens. Même la psychothérapie
qui, à l'origine, était une cure verbale -
la redécouverte de la tradition orale du récit
de sa propre vie - troque le langage pour le toucher, le
cri et le geste. Nous n'osons plus être éloquents.
Pour être intenses, il nous faut être brusques
ou primitifs: ainsi le veut une psychothérapie qui
nous confine à une nouvelle barbarie.
Notre phobie du sens nous a fait oublier que les mots aussi
s'enflamment et deviennent chair quand nous parlons.
Les mots disposent d'une puissance qui exercent un pouvoir
invisible sur nous. Ils ont leurs propres effets protecteurs,
blasphématoires, créateurs, destructeurs.
Par là ils suscitent dans nos âmes une résonance
universelle, transcendant les définitions et les
contextes convenus.
Ni les techniques de communication, ni le silence spirituel
contemporain, ni les gestes et les signes physiques ne peuvent
équivaloir à l'ensemble de ces caractéristiques.
Plus nous refusons de parler à cause de la phobie
du sens, qui réduit l'âme à l'isolement
dans le secret, privé et personnel, moins ce que
nous disons conduit à la confiance en ce que nous
sommes.
Moins nous faisons confiance au langage en thérapie,
ou moins nous faisons confiance aux vertus thérapeutiques
du langage, plus nous risquons de nous dissoudre dans le
fantasme du sous-humain et plus se rapproche le moment où
le "barbare intérieur" envahit cette communication
tombée en ruines à laquelle on reconnaît
la culture qui a refusé de faire de l'éloquence
le miroir de son âme.
|