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Phobie du sens approche jungienne

 

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- Pierre Dassigny -

 

 

 

"Dans la linguistique structurale moderne, les mots n'ont pas de sens intime, car aucun d'entre eux n'échappe au destin que lui assigne l'analyse: être réduit à une unité quasi mathématique... Faut-il s'étonner qu'il y ait une crise de confiance, puisque nous n'osons plus nous abandonner aux mots en tant que porteurs de sens! Le langage est frappé d'une véritable phobie du sens."

James Hillman, James Hillman est un psychanalyste jungien

Deux psychanalystes, un Suisse: Carl Gustav JUNG et un Américain: James HILLMAN ont tenté de s'éloigner des libres associations autistiques sur le divan pour expérimenter l'insurmontable difficulté de mettre son âme dans des mots.
Les thérapies modernes se basent sur le postulat que l'action guérit mieux que les mots et misent sur des techniques qui se substituent à la parole plutôt que de la compléter. Cela a pour effet de réprimer la plus humaine de nos facultés: l'aptitude à raconter les histoires de nos âmes.
Ces thérapies peuvent guérir en nous l'enfant qui n'a pas appris à parler ou l'animal qui en est incapable. Mais seuls les efforts soutenus pour accéder à la parole inspirée peuvent guérir notre langage du verbiage et le ramener à sa fonction primordiale:
La communication de l'âme.
Dans la linguistique structurale moderne, les mots n'ont pas de sens intime, car aucun d'eux n'échappe au destin que lui assigne l'analyse: être réduit à une unité quasi-mathématique. L'idée qu'on peut constituer tout langage à partir d'un nombre déterminé d'éléments irréductibles est une technique de dissection de l'esprit analytique appliquée au logos lui-même:
un suicide du mot.
Il n'y a donc pas de quoi s'étonner que règne une crise de confiance à l'égard du mot puisque nous n'osons plus nous abandonner aux mots en tant que porteurs de sens! Nous vivons dans un monde de slogans, de jargons et de communiqués de presse rappelant le novlangue de 1984.
Au fur et à mesure que l'art et les disciplines universitaires descendent dans la spirale de l'obsession du langage et de la communication, le langage est frappé d'une véritable phobie du sens. Même la psychothérapie qui, à l'origine, était une cure verbale - la redécouverte de la tradition orale du récit de sa propre vie - troque le langage pour le toucher, le cri et le geste. Nous n'osons plus être éloquents.
Pour être intenses, il nous faut être brusques ou primitifs: ainsi le veut une psychothérapie qui nous confine à une nouvelle barbarie.
Notre phobie du sens nous a fait oublier que les mots aussi s'enflamment et deviennent chair quand nous parlons.
Les mots disposent d'une puissance qui exercent un pouvoir invisible sur nous. Ils ont leurs propres effets protecteurs, blasphématoires, créateurs, destructeurs. Par là ils suscitent dans nos âmes une résonance universelle, transcendant les définitions et les contextes convenus.
Ni les techniques de communication, ni le silence spirituel contemporain, ni les gestes et les signes physiques ne peuvent équivaloir à l'ensemble de ces caractéristiques.
Plus nous refusons de parler à cause de la phobie du sens, qui réduit l'âme à l'isolement dans le secret, privé et personnel, moins ce que nous disons conduit à la confiance en ce que nous sommes.
Moins nous faisons confiance au langage en thérapie, ou moins nous faisons confiance aux vertus thérapeutiques du langage, plus nous risquons de nous dissoudre dans le fantasme du sous-humain et plus se rapproche le moment où le "barbare intérieur" envahit cette communication tombée en ruines à laquelle on reconnaît la culture qui a refusé de faire de l'éloquence le miroir de son âme.