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Pertinence
des classifications en santé mentale
La pertinence des classifications en santé
mentale a fait, et fait encore parfois, l'objet de controverses.
C'est surtout pendant les années 60 et 70 que des
cliniciens d'obédience psychodynamique ont défendu
une position antinosographique attaquant le caractère
«réducteur» des classifications. Celles-ci
ne tiennent pas compte du caractère unique de chaque
individu, ni du fait qu'aucune situation n'est pareille
à aucune autre. À partir de ces critiques,
les classifications modernes sont devenues multi-axiales
pour prendre en compte les différents aspects de
la psychopathologie.
L'étiquetage des enfants a été plus
particulièrement mis en cause. En réalité,
ce ne sont pas les enfants qui sont étiquetés,
mais la psychopathologie. Il est toutefois difficile d'empêcher
un glissement vers l'utilisation des diagnostics comme des
étiquettes attachées aux personnes. Cependant,
faut-il empêcher les professionnels d'identifier les
troubles mentaux? La solution semble être dans la
confidentialité des informations et le professionnalisme
des intervenants.
En effet, des diagnostics précis sont nécessaires
à l'avancement des connaissances. Aussitôt
qu'il est question d'interprétation, la porte est
ouverte à des opinions différentes. Un même
enfant évalué par deux professionnels différents
est susceptible d'obtenir deux diagnostics différents
(Matarazzo, 1983), même si, lorsque les professionnels
en discutent, ils sont assez d'accord sur la symptomatologie.
En effet, l'un peut donner plus d'importance à des
éléments que l'autre considérera comme
secondaires. D'autre part, deux enfants dont la psychopathologie
est différente obtiendront fréquemment le
même diagnostic. Les pommes, les poires et les oranges
sont mélangées dans les paniers, même
s'il est écrit «pommes» sur un panier
et «oranges» ou «poires» sur les
autres. La mise en relation statistique des fruits de chaque
panier avec les arbres sur lesquels ils ont poussé
sera incapable de mettre en relation un arbre avec le contenu
d'un panier. De la même façon, la mise en relation
statistique de diagnostics basés sur l'interprétation
avec des facteurs de risque ne peut apporter aucune information
utile.
Les professionnels de la santé mentale en milieu
scolaire ont deux fonctions. L'une est plutôt orientée
vers l'ensemble des jeunes de l'école : statistiques,
dépistage, signalements, mise en place de programmes.
Pour cela, l'évaluation aussi objective (par opposition
à subjective) que possible de la psychopathologie
des jeunes permet de comparer les psychopathologies entre
elles et d'établir les priorités. Elle permet
également de vérifier l'évolution de
la psychopathologie, même si le professionnel ou le
jeune change d'école, ou de comparer les écoles
entre elles quant à la psychopathologie. En fait,
des données précises sont nécessaires
pour établir quelque comparaison ou quelque statistique
que ce soit.
L'autre fonction des professionnels de la santé mentale
en milieu scolaire est clinique. Elle est orientée
vers la prise en charge individuelle, la thérapie,
l'aide qui peut être apportée à tel
ou tel enfant ou adolescent. Les forces et faiblesses propres
au patient et au milieu, qui donnent à chaque individu
et à chaque situation leur caractère unique,
deviennent très importantes au cours des prises en
charge individuelles et le diagnostic standardisé
perd de son caractère indispensable.
Finalement, pour classer et comparer les psychopathologies,
les professionnels de la santé mentale en milieu
scolaire ont besoin des classifications et des instruments
qui leur fournissent des données précises
et ils ont aussi besoin de leur sens clinique lorsqu'ils
travaillent en individuel.
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