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- Pierre Dassigny -

Pertinence des classifications en santé mentale

La pertinence des classifications en santé mentale a fait, et fait encore parfois, l'objet de controverses. C'est surtout pendant les années 60 et 70 que des cliniciens d'obédience psychodynamique ont défendu une position antinosographique attaquant le caractère «réducteur» des classifications. Celles-ci ne tiennent pas compte du caractère unique de chaque individu, ni du fait qu'aucune situation n'est pareille à aucune autre. À partir de ces critiques, les classifications modernes sont devenues multi-axiales pour prendre en compte les différents aspects de la psychopathologie.

L'étiquetage des enfants a été plus particulièrement mis en cause. En réalité, ce ne sont pas les enfants qui sont étiquetés, mais la psychopathologie. Il est toutefois difficile d'empêcher un glissement vers l'utilisation des diagnostics comme des étiquettes attachées aux personnes. Cependant, faut-il empêcher les professionnels d'identifier les troubles mentaux? La solution semble être dans la confidentialité des informations et le professionnalisme des intervenants.

En effet, des diagnostics précis sont nécessaires à l'avancement des connaissances. Aussitôt qu'il est question d'interprétation, la porte est ouverte à des opinions différentes. Un même enfant évalué par deux professionnels différents est susceptible d'obtenir deux diagnostics différents (Matarazzo, 1983), même si, lorsque les professionnels en discutent, ils sont assez d'accord sur la symptomatologie. En effet, l'un peut donner plus d'importance à des éléments que l'autre considérera comme secondaires. D'autre part, deux enfants dont la psychopathologie est différente obtiendront fréquemment le même diagnostic. Les pommes, les poires et les oranges sont mélangées dans les paniers, même s'il est écrit «pommes» sur un panier et «oranges» ou «poires» sur les autres. La mise en relation statistique des fruits de chaque panier avec les arbres sur lesquels ils ont poussé sera incapable de mettre en relation un arbre avec le contenu d'un panier. De la même façon, la mise en relation statistique de diagnostics basés sur l'interprétation avec des facteurs de risque ne peut apporter aucune information utile.

Les professionnels de la santé mentale en milieu scolaire ont deux fonctions. L'une est plutôt orientée vers l'ensemble des jeunes de l'école : statistiques, dépistage, signalements, mise en place de programmes. Pour cela, l'évaluation aussi objective (par opposition à subjective) que possible de la psychopathologie des jeunes permet de comparer les psychopathologies entre elles et d'établir les priorités. Elle permet également de vérifier l'évolution de la psychopathologie, même si le professionnel ou le jeune change d'école, ou de comparer les écoles entre elles quant à la psychopathologie. En fait, des données précises sont nécessaires pour établir quelque comparaison ou quelque statistique que ce soit.
L'autre fonction des professionnels de la santé mentale en milieu scolaire est clinique. Elle est orientée vers la prise en charge individuelle, la thérapie, l'aide qui peut être apportée à tel ou tel enfant ou adolescent. Les forces et faiblesses propres au patient et au milieu, qui donnent à chaque individu et à chaque situation leur caractère unique, deviennent très importantes au cours des prises en charge individuelles et le diagnostic standardisé perd de son caractère indispensable.

Finalement, pour classer et comparer les psychopathologies, les professionnels de la santé mentale en milieu scolaire ont besoin des classifications et des instruments qui leur fournissent des données précises et ils ont aussi besoin de leur sens clinique lorsqu'ils travaillent en individuel.